recOllectiOn

These photographs are part of my project titled 'recOllectiOn' –which started in 2010 as a new interpretation and treatment of the photographic space. I have developed my own technique, superimposing layers of old photographic material (vintage photographs depicting intimate scenes of Vietnamese life from the 1930's to the early 1970's) projected on various urban surfaces (buildings, waste dumps, shipyards, etc.) and re-captured through the lens.

 

 

By doing so, I hope to resurrect those nameless men and women who once haunted the streets of Saigon and who have fallen into oblivion. This re-composition allows for a richness of meaning otherwise difficult to capture within one material, fusing different dimensions of time and space, revealing the hidden codes behind reality: just like the city, scarred and mute, we are the invisible sum of our past experiences.

 

 

When I looked at these pictures the first time, the anonymity of the subjects was heart-rending: one cannot help but imagine the nameless stories of the nameless lives these people led, the loves they had, the deaths they met. Each tiny life, each tiny smile, or gaze, was a world of its own, and must have been experienced as an infinity. Each life must have contained entire species of feelings and memories that have now gone extinct, along with those that harboured them.

 

 

I hope that these photographic projections of the city act as an X-ray: not revealing the inner structure of walls, but the lives of those who used to laugh, suffer and die between them. Projected on those walls, they are the ghosts of the city, reclaiming their right to be remembered: they hold a mirror to the living, reminding them that it is them that are projected against these walls, in another dimension of time.

 

                                                                                                                         

                                                                                                                               ***

 

Ces photographies font partie d’un projet débuté en 2010 que j’ai intitulé recOllection.

 

Architecte de formation, mon sujet est la ville. Plus précisément la ville conçue comme un palimpseste : un manuscrit dont le sens est dissimulé et qu’une radiographie photographique s’efforcerait de faire ressurgir.

 

Dans ce but, j’ai développé une technique particulière, qui consiste en une triple composition. La première n’est pas mienne, puisque j’utilise d’anciens clichés photographiques, anonymes, découverts dans les marchés de Saïgon, qui décrivent des scènes intimes de familles vietnamiennes. Le deuxième travail de composition consiste à projeter, la nuit, ces clichés sur différentes surfaces de la ville (façades, chantiers, décharges, chantiers navals, etc.) et de développer de manière créative des relations entre la matière photographique et la matière urbaine. Ce sont ces compositions que je ressaisis à travers ma photographie, lesquelles agissent comme une deuxième couche photographique qui viendrait se superposer à la première, rappelant une technique propre à la peinture.

 

Cette référence à la peinture n’est pas anecdotique. A posteriori, ce projet s’est révélé comme une tentative de dépasser les limites inhérentes au travail photographique. Dans un cadre photographique traditionnel, le photographe est en effet prisonnier d’une immédiateté entre le visuel et son sens, dont la peinture s’est libérée. Il m’a semblé qu’en traitant la matière photographique, en la recomposant, une relation plus profonde entre l’espace-temps de l’image et le sens auquel il renvoit pouvait ainsi s’exprimer.

 

Ces projections ont pour effet de ressusciter, de manière poignante, ces vies oubliées qui ont autrefois hanté la ville, de révéler pour ainsi dire les fantômes de la ville, lesquels ne manquent pas de nous rappeler au caractère éphémère de toute existence. Dans ce sens, mes photographies opèrent comme un miroir sans tain.

 

Mais elles ont surtout pour effet de sonder « l’épaisseur » de la ville, envisagée comme espace-temps d’une opacité absolue, cette opacité qui est le propre de toute chose : nous sommes, telle la ville, la somme muette et invisible de nos expériences passées. C’est précisément dans ce sens que je conçois mon travail : comme une tentative de « faire une radiographie » de la ville.